<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Jean François Larrieu &#187; Préfaces</title>
	<atom:link href="http://www.larrieu.fr/category/prefaces/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.larrieu.fr</link>
	<description>ou les beautées de l&#039;utopie</description>
	<lastBuildDate>Wed, 05 May 2010 18:05:03 +0000</lastBuildDate>
	<generator>http://wordpress.org/?v=2.9</generator>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
			<item>
		<title>Merci au hazart</title>
		<link>http://www.larrieu.fr/prefaces/merci-au-hazard/</link>
		<comments>http://www.larrieu.fr/prefaces/merci-au-hazard/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 29 Jan 2008 08:41:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gmorales</dc:creator>
				<category><![CDATA[Préfaces]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.larrieu.fr/?p=10</guid>
		<description><![CDATA[« Il me semble qu’on ne « regarde » pas un tableau de Jean-François Larrieu, on y « Entre »… c’est une invitation, comme une porte ouverte à la rencontre, dans une éblouissante interaction où l’artiste révèle sa  spontanéité, ses élans, sa chaleur intérieure mais aussi sa pudeur, comme une retenue qui reste là, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« Il me semble qu’on ne « regarde » pas un tableau de Jean-François Larrieu, on y « Entre »… c’est une invitation, comme une porte ouverte à la rencontre, dans une éblouissante interaction où l’artiste révèle sa  spontanéité, ses élans, sa chaleur intérieure mais aussi sa pudeur, comme une retenue qui reste là, en suspens, d’une révélation plus intime… qui se découvre plus qu’elle ne se donne en convoquant l’émotion du spectateur.</p>
<p>Je me suis laissée guider, plongeant au plus profond de mon être pour ressentir ce qui y était touché… Une sensation de force, de densité, de puissance, d’intensité où se mêlent, d’une façon prodigieuse, la juvénilité, la légèreté, le foisonnement, le rythme, le mouvement, l’ardeur de son auteur…</p>
<p>Alliage paradoxale et harmonieux de l’enfant joueur, rieur, naïf et de l’adulte imposant, structuré, rigoureux ! Admirable alchimie de la maturité et de l’innocence !</p>
<p>Comme si je retrouvais là mes rêves, mes jeux, mes couleurs d‘enfant ! Sublime instant de reviviscence d’une insouciance légère féconde et propice à l’enchantement !  </p>
<p>La vie explose de vitalité, d’énergie, de joie, de lumière, de générosité, arborant aussi le versant plus ombre des interrogations existentielles qui, là, semblent attendre des réponses…  </p>
<p>Les douces rondeurs voluptueuses de la féminité s’allient, dans une belle complémentarité, à la force virile des formes plus imposantes, fermes et puissantes. Ensemble harmonieux émanant des profondeurs de l’être que le pinceau du peintre traduit subtilement.</p>
<p>Les thèmes sans cesse renouvelés expriment la présence, au cœur de l’artiste, de cet enfant, merveilleux créateur de voyages fantastiques, d’illusions, d’insouciance, de jubilation et de spontanéité que l’adulte, dans sa réserve, n’ose manifester…  </p>
<p>J’ai eu l’honneur et le plaisir de faire la connaissance de Jean-François Larrieu après l’expérience de ma confrontation avec son œuvre. J’ai éprouvé l’étrange sentiment de retrouver un ami, tant sa peinture m’avait révélé de lui, me confiant sa sensibilité artistique, humaine, chaleureuse, joviale et généreuse…  avant même notre rencontre.</p>
<p>Alors j’ai simplement envie de dire Merci !<br />
Merci pour ce feu d’artifice, haut en vibrations, en sensations, en couleurs et en magie !<br />
Merci à l’Artiste de provoquer mon émerveillement et mon étonnement !</p>
<p>Merci au hasard…  si tant est qu’il existe !</p>
<p>Christine  Barrier<br />
psychanaliste</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.larrieu.fr/prefaces/merci-au-hazard/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le Taco</title>
		<link>http://www.larrieu.fr/prefaces/le-taco/</link>
		<comments>http://www.larrieu.fr/prefaces/le-taco/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 29 Jan 2008 08:40:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gmorales</dc:creator>
				<category><![CDATA[Préfaces]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.larrieu.fr/?p=9</guid>
		<description><![CDATA[Face au Taco de Jean-François Larrieu, j’ai ressenti une émotion esthétique intense qui m’a, à la fois, ému, bouleversé et comblé de plaisir, me plongeant dans un vertige émotionnel intense et délicieux. Il y avait, dans cette toile, tant de choses familières : un véhicule délirant qui me rappelait celui du professeur Maboulette dans Les fous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Face au Taco de Jean-François Larrieu, j’ai ressenti une émotion esthétique intense qui m’a, à la fois, ému, bouleversé et comblé de plaisir, me plongeant dans un vertige émotionnel intense et délicieux. Il y avait, dans cette toile, tant de choses familières : un véhicule délirant qui me rappelait celui du professeur Maboulette dans Les fous du volant, un damier que les amateurs de Tintin connaissent bien, des couleurs douces, idéales comme ce bleu et surtout ce vert, des couleurs que je voulais trouver&#8230; J’avais devant mes yeux l’expression des plus belles émotions de mon enfance, les plus pures et les plus anciennes. </p>
<p>Mais, ne nous méprenons pas, je n’y ai pas vu un jouet : ce tacot n’est pas une chose statique et miniature: il roule, comme le prouve de façon irrévocable le fanion qui flotte derrière lui. Cet indice de déplacement me fait penser aux fins traits noirs que les dessinateurs de bande dessinée tracent derrière les éléments dont ils veulent suggérer le mouvement. Le Taco vit, bringuebale et cahote sur cette route étrange et bigarrée pour mon plus grand plaisir. Rétrospectivement, j’ai voulu comprendre cette émotion déjà ressentie devant une toile (je crains qu’on ne puisse la ressentir que devant une œuvre originale) par le passé en de trop rares occasions. Deux question m’assaillent : pourquoi et comment ?</p>
<p>Ma démarche initiale était de déterminer en quoi consiste cette émotion pour en établir le mode opératoire. Pourquoi un tel plaisir ? Je ne peux le réduire à une simple nostalgie de l’enfance face à un jouet retrouvé. Il semble évident qu’on dépasse aussi le strict plaisir esthétique de la contemplation du beau. Hegel établissait cette distinction essentielle entre le beau naturel et le beau artistique en soulignant que seul le second est intentionnel. Le beau naturel n’existe, en fait, que dans l’œil qui regarde et l’on ne trouve dans la nature que ce que l’on y met. En revanche, le beau artistique est voulu, donc signifiant, et c’est ce qui fait sa singularité et sa force. Le Taco ne se contente pas de représenter un tacot délirant et onirique, il exprime quelque chose.</p>
<p>Le plus troublant, et ce qui semble bien être la cause de mon trouble, c’est l’impression d’absolue pertinence de ce qu’il signifie. Ce n’est pas un tacot ; c’est le tacot « tel qu’il est absolument » pour reprendre l’expression de Lévi-Strauss, c’est-à-dire qu’il porte en lui l’ensemble des significations et des émotions que je souhaitais inconsciemment trouver. Je ne vois donc pas le Taco. Je le reconnais. C’est Mon tacot, celui qui, quelque part au fond de ma mémoire, attendait d’être matérialisé.</p>
<p>Bien sûr, un tel tacot ne peut exister. Il faut l’imaginer, l’inventer. Il s’agit donc d’un processus intime, personnel, radicalement subjectif. Alors comment le Taco de J-F Larrieu, qui ne me connaît pas et ne crée pas à partir de mes propres images mentales mais bien à partir des siennes, peut-il coïncider à ce point avec mes souvenirs et mes rêves ? De quel droit, ajouterai-je, un inconnu me touche-t-il ainsi au plus profond de l’intime, en ce point que nul ne connaît et n’atteint jamais d’ordinaire ?</p>
<p>On commencera par railler cette expression d’ « ordinaire ». On est, évidemment, dans l’extra-ordinaire, dans la magie de l’art, le génie de l’artiste. Je trouve ici un écho à ce que dit Hegel quand il affirme que la représentation artistique d&#8217;une chose lui confère une sorte de perfection qui fait de l&#8217;objet traité quelque chose d&#8217;idéal, comme si l&#8217;artiste parvenait à exprimer l&#8217;essence de cet objet dans sa particularité. Et ce tacot est résolument idéal, foisonnant de sens, ce qui légitime que ce sens déborde, sorte du moteur, inonde l’espace de la toile sans jamais pourtant sembler y être à l’étroit. Le génie, au sens kantien du terme, est à l’œuvre : une maîtrise technique qui n’apparaît pas et qui est pourtant indispensable à la cohérence du tout. Il est évident que tout est à sa place. C’est pour cela qu’on peut dire que le tableau n’est pas seulement beau ; il est vrai. Il exprime une évidence. Kant remarque justement que le sentiment esthétique s’impose à nous comme une évidence : Il nous semble que c’est beau alors que la beauté est autant dans l’œil du spectateur que dans l’œuvre d’art. On produit alors ce qu’il appelle une « universalité subjective », une vérité qui ne vaut que pour soi, ce qui est paradoxal. Mais c’est pourtant de cela qu’il s’agit. Le Taco de J-F Larrieu est le tacot idéal, parfait, parfaitement conforme à cette définition qui dormait en moi et que l’artiste m’a révélée. Je le reconnais comme mien mais, puisqu’il exprime une vérité, je m’attend à ce que chacun l’identifie aussi comme sien. On en revient à cette universalité subjective, impossible, utopique et pourtant tellement évidente. Quoi de plus désirable qu’un plaisir évident ?</p>
<p>Christophe TEYOT<br />
Professeur de Philosophie</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.larrieu.fr/prefaces/le-taco/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Les paysages-voyages</title>
		<link>http://www.larrieu.fr/prefaces/les-paysages-voyages/</link>
		<comments>http://www.larrieu.fr/prefaces/les-paysages-voyages/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 29 Jan 2008 08:38:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>gmorales</dc:creator>
				<category><![CDATA[Préfaces]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.larrieu.fr/?p=8</guid>
		<description><![CDATA[Elle ne naît pas du hasard, l&#8217;oeuvre d&#8217;art.
Nonobstant les thuriféraires de ces artistes qui auraient le génie du geste jailli et la superbe des éphémères performances, nous dirons, avec constance, de la création la magnificence, lorsqu&#8217;elle n&#8217;est pas tant la quête inquiète de l&#8217;instant, mais l&#8217;approche patiemment de l&#8217;espace, par l&#8217;intérieur.
En cet art de peindre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Elle ne naît pas du hasard, l&#8217;oeuvre d&#8217;art.</p>
<p>Nonobstant les thuriféraires de ces artistes qui auraient le génie du geste jailli et la superbe des éphémères performances, nous dirons, avec constance, de la création la magnificence, lorsqu&#8217;elle n&#8217;est pas tant la quête inquiète de l&#8217;instant, mais l&#8217;approche patiemment de l&#8217;espace, par l&#8217;intérieur.</p>
<p>En cet art de peindre l&#8217;esprit des lieux, voici Jean-François Larrieu.</p>
<p>Passé par toutes les étapes d&#8217;un parcours pictural où la figuration fut toujours l&#8217;inspiration récurrente, il s&#8217;inventa maintes manières de donner du réel une vision personnelle, tantôt éclatant les formes en facettes, façon cubiste, et tantôt dilatant à dessein les structures du dessin&#8230; Ou encore, s&#8217;entêtant un temps à montrer le corps en humanité jusque dans les chemins de l&#8217;obscurité&#8230; Mais finalement se livrant, depuis une douzaine d&#8217;années, aux plaisirs épanouis de la pure géographie. </p>
<p>Car le voici devenu Maître en paysages, qui ne sont qu&#8217;apparemment pays sages.</p>
<p>On croit trop que l&#8217;approche de la profondeur devrait s&#8217;énoncer dans la noirceur. Mais peut-être quand on ne voit pas l&#8217;ombre, c&#8217;est qu&#8217;elle est à l&#8217;intérieur&#8230;</p>
<p>Livrant à présent une oeuvre belle et vive, colorée comme les contes, lumineuse et promeneuse, Jean-François Larrieu se délivre. Mais de quoi ?<br />
Cette maturation qu&#8217;il avoue avoir vécue comme une totale mutation, et qualifie de &laquo;&nbsp;véritable naissance&nbsp;&raquo;, n&#8217;est-elle pas advenue par la vertu d&#8217;une autre naissance, celle de ses fils? Il faut parfois qu&#8217;une famille s&#8217;offre un futur, pour retracer les sentiers de son histoire.</p>
<p>Au-delà de la transformation du style, dans ces tableaux que se passe-t-il ? L&#8217; oeil spectateur ne devrait-il pas toujours mener l&#8217;enquête, pour déceler les indices du sens caché, puisqu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;art sans secret, sans transposition d&#8217;un passé, sans chemin de mystères.</p>
<p>Il y a d&#8217;abord ces terres teintées d&#8217;étrangetés. Les pentes bleutées d&#8217;un &laquo;&nbsp;Pays basque&nbsp;&raquo;, verdoyant d&#8217;ordinaire, sont-elles des neiges attardées de l&#8217;hiver, malgré les ors lointains qui semblent déjà de l&#8217;été ? Les apparences de cet espace diurne sont si proches de &laquo;&nbsp;La nuit&nbsp;&raquo;, où la clarté d&#8217;une invisible pleine lune importune le palabre de pâles arbres bruissant de confidences&#8230;</p>
<p>Ces trois mêmes silhouettes feuillues se sont fait une coiffure farfelue pour ressurgir dans l&#8217;improbable rousseur d&#8217;un &laquo;&nbsp;Printemps&nbsp;&raquo; déguisé en automne, qui se prolonge &laquo;&nbsp;Plein sud&nbsp;&raquo; en ocres dorés ondulant de collines, vagues ourlées d&#8217;alignements ligneux en guise d&#8217;écume dentelant les courbures de la terre, et soulevant des sommets massés en invincible armada&#8230;</p>
<p>Le paysage des peintres n&#8217;existe qu&#8217;en eux. Qu&#8217;elles fussent alanguies sous le soleil des Marquises ou blotties dans le vent de Bretagne, Gauguin rosissait le sable de toutes les plages, couleur universelle de ses rêves&#8230;</p>
<p>A preuve aussi cette &laquo;&nbsp;Provence&nbsp;&raquo; si pareille à un &laquo;&nbsp;Pays basque&nbsp;&raquo; de collines courbant l&#8217;échine au pied des hautes chaînes, en des coloris similaires. Mais si les pays réels ne sont pas représentés, quels sont ces territoires de l&#8217;imaginaire ou de la mémoire&#8230;</p>
<p>&laquo;&nbsp;En Espagne&nbsp;&raquo;, l&#8217;azur disparu a laissé sa place à cette pâle dorure aurorale hésitante au dessus de champs trop rouges, sang séché, criant sans bruit le souvenir de récits, de massacres murmurés  peut-être&#8230;.</p>
<p>On ne naît pas futile, d&#8217;une famille à moitié faite d&#8217;exil, ayant dû fuir la folie, l&#8217;arrivée des franquistes en Ibérie. Petit-fils de républicains espagnols par sa mère, comme aussi de résistants français par son père, Jean-François Larrieu connaît le combat des êtres libres.</p>
<p>Les paysages portent l&#8217;Histoire des humains, leurs demeures l&#8217;inscrivent au fil des chemins. Mais ce peuplement parait ici plus que pittoresque : ludique, irréel, énigmatique. Toutes ces campagnes se trouvent comme saupoudrées de petites maisons amusantes, faites de triangles, de cercles et de carrés composant un enfantin jeu d&#8217;apprentissage des formes géométriques élémentaires.</p>
<p>L&#8217;observation rapprochée des toiles citées jusqu&#8217;à présent révèle qu&#8217;elles sont toutes porteuses de ces petites entités abstraites, qui ne suggèrent d&#8217;ailleurs pas toujours des habitations, mais aussi dessinent des bulles et des balles, des fruits et des fleurs, tout un bric-à-brac d&#8217;objets jetés en pâture à l&#8217;esprit sans qu&#8217;il parvienne à les reconnaître&#8230;</p>
<p>Ces mystérieux amas se multiplient dans &laquo;&nbsp;Les bords de la lagune&nbsp;&raquo;, comme si l&#8217;abstraction colonisait la figuration, l&#8217;envahissait d&#8217;un fourmillement de formes méconnaissables. Est-ce l&#8217;évocation d&#8217;une ville qu&#8217;on croit apercevoir dans cette &laquo;&nbsp;Lagune&nbsp;&raquo;, ou bien toutes ces palpitations de nos paupières ne seraient que pullulement de poissons ou coquillages, grésillement d&#8217;insectes des marécages, grouillement d&#8217;animalcules dans les algues bleues du rivage&#8230;</p>
<p>La question s&#8217;éclaircira-t-elle si nous nous approchons de cet &laquo;&nbsp;Océan&nbsp;&raquo; où semblent barboter, tels de gros bouchons de liège, des rochers entassés, allégés peut-être par ces possibles appartements troglodytes suggérés par de petits carrés-fenêtres, et triangles-chapeaux de cheminées&#8230;</p>
<p>Au loin flottent aussi quatre bateaux sur l&#8217;eau, ou sur le ciel, qui sait, tant que le créateur de ce monde ne s&#8217;est pas mué en démiurge biblique pour séparer le firmament de la mer, les eaux et les terres.</p>
<p>Tout baigne en ce grand bleu, cet onirisme nocturne dans &laquo;&nbsp;Le port d&#8217;Elantchobé&nbsp;&raquo;, où de médiévaux bateaux reviennent, le temps d&#8217;une &laquo;&nbsp;Régate&nbsp;&raquo;, et l&#8217;on observe &laquo;&nbsp;Les voiliers&nbsp;&raquo; qui semblent seulement vouloir, toutes toiles tendues, exhiber leurs collections de carrés de tissu rapiéçant leurs ailes&#8230;</p>
<p>Qu&#8217;elle soit dans &laquo;&nbsp;Le port&nbsp;&raquo; de ses habitudes, ou dans l&#8217;exotisme de &laquo;&nbsp;Hong-Kong&nbsp;&raquo;, la flottille arbore ce même symbolique appareillage, évoquant tous les navires épuisés de transports ou de pêches roturières, voire de courses hauturières, et finalement armés pour une ultime traversée, porteurs d&#8217;évadés, d&#8217;exilés, d&#8217;émigrés, vers un rivage libre.</p>
<p>Une partie de sa parenté maternelle ayant, en 1916, embarqué à bord d&#8217;un tel esquif, avec en poche cet espoir, faire fortune en Argentine, Jean-François Larrieu a voulu s&#8217;y rendre à son tour, rencontrer les descendants restés là-bas, et revivre en peinture les horizons de cette aventure.</p>
<p>De ce périple sud-américain, il a gardé les visions d&#8217;engins aussi délicieusement démodés que ses nefs raccommodées : </p>
<p>- &laquo;&nbsp;Le bolide&nbsp;&raquo; n&#8217;est qu&#8217;une bien vieillotte voiture, comme celles qu&#8217;on peut encore apercevoir dans les rues endormies de Colonia–del-Sacramento, petite cité sur la rive uruguayenne, à quelques bordées de Buenos-Aires<br />
- Le train est celui d&#8217;un &laquo;&nbsp;Voyage à Lima&nbsp;&raquo;, tortillard attaquant les Andes, qui fut longtemps le plus haut chemin de fer du monde&#8230;</p>
<p>L&#8217;étrange langage de triangles, cercles et carrés, s&#8217;inscrit aussi sur ces machines, en boulons tremblants et autres morceaux de mécanismes bringuebalants, donnant l&#8217;impression quasi sonore d&#8217;un tintamarre métallique tentant d&#8217;articuler quelque chose&#8230;</p>
<p>Dans &laquo;&nbsp;Les palmes&nbsp;&raquo; ou les &laquo;&nbsp;Coconuts&nbsp;&raquo;, la célébration exubérante des arbres donneurs d&#8217;ombre et de fruits se sert encore de ce langage : les triangles, cercles et carrés font grappe en chapiteaux des troncs, ou déjà jonchent les sols sous-jacents. </p>
<p>Ainsi les mêmes formes font office en mécanique aussi bien qu&#8217;en botanique.</p>
<p>Plus que toute autre, deux toiles jumelles tentent d&#8217;expliciter le travail de l&#8217;artiste, qui tend constamment par l&#8217;image à formuler des paroles peut-être impossibles. &laquo;&nbsp;Le théâtre des poètes&nbsp;&raquo;(I et II), comme souvent chez Jean-François Larrieu, offrent deux pendants, le même thème en plein jour et de nuit : un arbre dressé somptueux (devant un décor campant un édifice) paraît en position d&#8217;acteur sur l&#8217;avant-scène, prêt à réciter son texte de toutes ses feuilles, porteuses de triangles, cercles et carrés, qui s&#8217;ouvrent , se cassent , se transforment en des A, des B, des C, tandis que d&#8217;autres lettres de cet abécédaire ne sont encore que suggérées&#8230;</p>
<p>En ce théâtre où ne pourraient prendre la parole que les poètes, n&#8217;entend-t-on pas déjà bruire le grand arbre, qui se prépare à susurrer sa sève ou crever le vent de cris&#8230; Sa tête est pleine de lettres, mais elles sont encore dans le désordre. </p>
<p>Faut-il que le spectateur aille lui-même cueillir quelques consonnes et voyelles, pour composer les expressions qu&#8217;ils aimerait se mettre en bouche, mastiquer, mugir ou murmurer&#8230; Ou bien les mots sont des fruits défendus, et cet arbre celui de la connaissance&#8230;</p>
<p>Finalement cette tension vers l&#8217;écriture, ce mutisme même de l&#8217;image ne renvoient-t-ils pas aux Ecritures, celles sacrées que célèbrent les tableaux citant deux de leurs personnages : &laquo;&nbsp;L&#8217;Arche de Noé&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;Le bateau de David&nbsp;&raquo; ?</p>
<p>Dans les deux cas, la mise en scène est similaire : une nef miniature, réduite à la taille d&#8217;une maquette, se trouve avec soin placée sur une table, qui sert plutôt d&#8217;autel que de piédestal. Ce dispositif cérémoniel ritualise la remémoration de deux moments salutaires :</p>
<p>- Dans les ocres rouges et or du jour, &laquo;&nbsp;L&#8217;Arche de Noé&nbsp;&raquo; symbolise la migration de 1916 vers l&#8217;Amérique : le navire ventru révèle en coupe sa profusion intérieure, tout ce qu&#8217;un espoir emporte pour survivre à la montée diluvienne du niveau des malheurs&#8230;</p>
<p>- Dans les sombres bleus nocturnes, &laquo;&nbsp;Le bateau de David&nbsp;&raquo; n&#8217;est-il pas au contraire un vaisseau fantôme ? Ni dans les deux &laquo;&nbsp;Livres de Samuel&nbsp;&raquo; qui sont la chronique de son règne, ni ailleurs, l&#8217;on ne trouve une quelconque narration d&#8217;une navigation qu&#8217;aurait accomplie David.</p>
<p>Reste alors seulement la maritime métaphore du Psaume 18, attribué à ce roi-poète :</p>
<p>&nbsp;&raquo; Il me retire des grandes eaux,<br />
il me délivre d&#8217;un puissant ennemi,<br />
d&#8217;adversaires trop forts pour moi.</p>
<p>Ils m&#8217;avaient assailli un jour de malheur,<br />
Mais Yahvé fut pour moi un appui ;<br />
Il m&#8217;a sauvé car il est mon ami&#8230;&nbsp;&raquo;</p>
<p>Ces mots peuvent trouver leur émouvante résonance dans les circonstances de la deuxième migration de la famille maternelle, quand ceux qui n&#8217;étaient pas partis en Argentine durent, une vingtaine d&#8217;années plus tard, quitter à leur tour la terre d&#8217;Espagne et rejoindre la France pour survivre à la guerre civile. Le grand-père passa d&#8217;abord seul le col du Perthus, puis organisa le transfert de sa femme, et finalement de ses trois filles. Elles parvinrent en pays basque, par la traversée nocturne de la Bidassoa.</p>
<p>Dans le fond de la mémoire, une barque glisse sur l&#8217;eau noire, porteuse de trois petites, allongées pour rester invisibles. Seule se dressait la silhouette du passeur, un pêcheur basque ramant lentement pour ne pas fissurer le silence&#8230;</p>
<p>	Il est toujours là, Jean-François. A Saint-Jean-de-Luz, face à la mer, à peine éloigné de cette frontière, comme pour accueillir éternellement la petite fille qui fut sa mère. A l&#8217;âge qu&#8217;elle avait à son arrivée, il est lui même arrivé dans l&#8217;art, le fils du photographe qui préféra la peinture.</p>
<p>Dans le fond de la mémoire, une barque glisse sur l&#8217;eau noire, porteuse de trois petites, dont une. Et se dresse la silhouette du peintre, parce que tout artiste est un passeur. Et Jean-François pagaie de son pinceau, dans l&#8217;immense océan des images, qu&#8217;il ponctue de plein de lettres mais sans jamais former de mots, pour ne pas fissurer le silence.</p>
<p>                                                                                                                 Henry Périer</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.larrieu.fr/prefaces/les-paysages-voyages/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
